| Éditorial du 2 octobre 2009 | Envoyer |
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G20 de Pittsburgh : un sommet en trompe-l’œil ? Informel depuis 1999 et institutionnalisé à ce jour, le forum économique groupant les 20 pays représentant 85% du P.I.B. mondial s’est tenu en Pennsylvanie les 24 et 25 septembre 2009. Son principal objectif était de développer une croissance durable en surmontant les risques financiers et commerciaux qui ont précipité la planète dans le maelstrom de la crise. Adossé à l’organisme international de coopération monétaire et financier crée en 1945, le Fond Monétaire International (FMI), le G20, dans son communiqué final, a prôné la correction des déséquilibres flagrants dans la sphère financière et monétaire. La question de fond est cependant d’une tout autre nature : s’agit-il d’une simple crise DANS la haute finance internationale ou d’une crise, plus ample, DE l’économie réelle ? États et experts réunis à Pittsburg estiment, quant à eux, que la crise se situe essentiellement DANS le système monétaro-financier. En conséquence, la bourrasque sera surmontée par une régulation prudentielle à plusieurs niveaux de négociations : politique, technique, institutionnel. D’une part, il convient, par des mesures d’ordre politique de contrôler les acteurs rémanents des déséquilibres financiers spéculatifs, savoir : les fonds opaques des paradis fiscaux et les primes des tradeurs. Les hedges funds, trou noir de la finance mondiale, sont basés en majorité dans des centres offshore. Ces fonds spéculatifs représenteraient 22 milliards de dollars d’actifs lovés dans d’exotiques paradis fiscaux. Ces pans entiers de la finance échappent à toute autorité de contrôle. Le G20 s’engage à mettre en place un processus progressif de sanctions contre ces places financières, par essence opaques. Retrouvantsa virginité bancaire la Suisse vient de sortir de la liste grise des paradis fiscaux. Mais combien d’autres pays demeurent-ils hors la loi ? En quelque sorte il s’agit de réanimer le capitalisme de la production en désintoxiquant la rente frauduleuse. Second volet politique : le G20 préconise la mise en place de nouvelles règles d’encadrement des bonus des traders. Malgré les dissensions entre le pragmatisme prudent du président des États-Unis à l’égard des banques – culture du profit bien ancrée outre-Atlantique – et la suspicion balzacienne du président Sarkozy, tant pourfendeur du système bancaire que flagorneur de son opinion publique, un consensus mou semble se dégager. Il s’agit d’étaler, sur une période triennale, le paiement des primes des traders au regard à la fois des performances de chaque opérateur, et de celles des banques. L’intérêt bien compris de l’ensemble des partenaires : tel est le compromis. Le second niveau de négociations – technique celui-là – concerne la poursuite des mesures de relance monétaire et budgétaire pour doper la reprise économique. Cette stratégie de sortie de crise passe par l’édiction de nouvelles normes comptables dans le capitalisme bancaire. Recapitalisation, régénération des fonds propres des banques, refinancement auprès des banques centrales, nationales, européennes ou internationales devraient permettre de favoriser le retour plus aisé au crédit pour les particuliers comme pour les entreprises. Le vrai problème demeure cependant celui des règles de contrôle du capital des banques. Quant à la partie institutionnelle, se rapportant à la réforme du FMI, l’accord s’esquisse sur deux points dont l’exécution sera contrôlée au sommet de 2010 (au Canada). Chine, Corée, Turquie notamment devraient jouer un rôle plus important en entrant au Conseil des gouverneurs et au Conseil d’administration, des plus forts souscripteurs étatiques du FMI. Au détriment des Européens, sur représentés … et peu désireux d’avaliser cette mesure. Les pays émergents devraient en conséquence voir faciliter leur accès au droit de vote et droit de tirage de fonds. On estime que 5% des quotes-parts d’attribution de prêts seraient déplacés en faveur de ces pays. La répartition actuelle est e effet inéquitable ; le Brésil par exemple détient 1,4 % des voix contre 2,1 % pour la Belgique. Nous sommes encore bien loin de la parité nord-sud. Ainsi, le G20 dessine les contours d’une nouvelle gouvernance mondiale : réformes prudentes, réajustements sous influence, régulations mesurées, contrôles limités DANS la sphère financière. Ce sommet n’a pas été un « G vain », ne serait-ce que par a montée en puissance des pays émergents. Mais est-ce bien là la réponse à uen autre question, à peine effleurée, voire escamotée par les dirigeants de notre Terre ? N’a t’on pas cherché à dissimuler les difficultés qui s’annoncent bien plutôt que de les affronter ? Car il ne s’agit nullement d’une simple crise DANS le fonctionnement du capitalisme financier. Loin d’être un épiphénomène, cette crise en signe une autre : la crise DE l’économie réelle qui, elle, enlace le cœur social. La macro-économie contemporaine, mathématisée par le monétariste Milton Friedman (prix noble d’économie en 1976) s’est toujours désintéressée des conséquences sociales de la perverse logique du profit. À l’esprit de la politique économique n’a pas répondu corrélativement la pratique politique sociale. Sous l’égide des puissants de ce monde, l’avant-mur frileux de protection granitique déjà se délite en grains de sable, trublions, mais vertueux. Messieurs les grands, « gens de bien », avez-vous occulté de vos mémoires l’apostrophe de l’historien grec Thucydide repérant dans l’actualité du moment une leçon pour l’avenir : « ce ne sont pas les remparts qui protègent nos cités, mais les hommes qui sont derrières ». Quels hommes ? Les petits, « gens de rien » dont le seul tort est toujours d’avoir raison trop tôt. La révolte des consciences émerge, se lève, se dresse telle la figure du Commandeur mozartien. Quelques exemples significatifs étayent ce propos. Dès le jeudi 24 septembre, 3000 militants écologistes, altermondialistes étaient regroupés près du centre de Pittsburgh. Ils furent accueillis par les forces de l’ordre, mobilisés et harnachés pour sécuriser le sommet. S’en prenant aux symboles de la finance, la « résistance passive » dénonçait l’argent-ro, la consommation-reine. La police riposte fermement : hélicoptères de repérage, véhicules anti-émeutes, jets de gaz lacrymogènes, coups et bastonnades ; les interpellations s’ensuivent. Pittsburgh : forteresse assiégée ? Les vrais indicateurs de la crise ne sont pas d’abord d’ordre économique, mais social. Le marché du travail en est le paradigme. En septembre 2009 la France enregistre 18100 chômeurs supplémentaires, notamment dans les catégories jeunes de moins de 25 ans et adultes de plus de 50 ans. A ce chiffre il faut ajouter les travailleurs précaires (20 % de la main-d’œuvre dans les pays développés) et les adultes valides exclus du travail et tombés dans la pauvreté. Les actifs, ouvriers, employés, cadres sont attachés à leur travail et cependant ils ne cessent d’égrener leur souffrance au travail, à sa qualité, à son sens. Le rapport Stiglitz, remis dernièrement au président Sarkozy, prône l’intégration de l’individu dans l’évaluation de la productivité économique du pays. Mais pour la majorité des entreprises seule compte la rentabilité financière à court terme ; à aucun moment ces managers n’incorporent dans la performance de l’entreprise le bien-être au travail, la qualité du métier, la diversité des parcours professionnels. Quelles sont les conséquences humaines de cette stratégie entrepreneuriale ? Au sein de ce système financier en déliquescence, d’autres éléments demeurent porteurs de crise. L’opacité des produits financiers dérivés provoque le renchérissement exorbitant des cours des produits alimentaires de base. Les pays du Sud – et notamment l’Afrique – ne peuvent plus acheter maïs, soja, blé, socle de leur quotidien. De là la sous-nutrition, la misère, les émeutes de la faim. Or, tout au long de l’histoire de l’humanité, le pain a toujours été le levain de la lutte. Pour le G20, est-ce une question subsidiaire ? Face à ces dysfonctionnements dédaignés à Pittsburgh le front du refus à la financiarisation mondiale se hisse ; il plaide pour une modification en profondeur de la base même de la pensée dominante. Poirsuivant la réflexion humaniste globale du philosophe autrichien Rudolf Steiner, décédé en 1925, des établissements financierséthiques prennent leur essor depuis une trentaine d’années, essaiment dans toute l’Europe. Aux Pays-Bas, en Allemagne, en Italie, en France. Dans notre pays, cette banque éthique est bien identifiée : c’est la Nouvelle Économie Fraternelle (NEF) née en 1988. Pour cette banque solidaire, seul le projet financé respectant les valeurs morales, la transparence du bilan financier, le bien commun prévalent sur toute autre considération. De même, l’émergence, depuis 1977 au Bangladesh, du micro-crédit pour les villageois les plus pauvres, et donc exclus des prêts bancaires traditionnels. Petits crédits, petits investissements mais cercle vertueux en marche. Enfin, la vente de produits équitables cultivés dans les pays pauvres procède du même état d’esprit. Le distributeur Alter Eco place laquestion sociale avant la rentabilité économique. La nouvelle catégorie de consommateurs, les « Créatifs Culturels » représentent aujourd’hui 17% de la population française ; ils initient une démarche de rupture par rapport à une société de « toujours plus » : d’argent, de pouvoir, de paraître. Ces nouvelles attitudes comportementales se distillent dans le corps social et, apr capillarité, génère la montée de la sève coopérative. Utopies à la Thomas More, philanthropie d’un autre âge bavent les grands de la haute finance. Que nénie ! bien-être de nous tous, les terriens, germes de pais semés au cœur d’une guerre planétaire. Jeanne GILLOT-VOISIN
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