Éditorial du 6 septembre 2009  Envoyer

Avez-vous entendu parler des "bio hackers" ?

On connaissait déjà les « hackers », ces pirates à la haute technicité informatique ;

En Californie, un mouvement s’élabore, dans le domaine de la biologie et dont sont à l’origine de jeunes biologistes.

Ils veulent prouver qu’à partir de matériel « bidouillé », rafistolé, coûtant deux fois rien, et qu’en travaillant dans son garage, sur un coin de table… On peut travailler sur l’ADN et obtenir des résultats « comme en laboratoire ».

Telle est parvenue à établir qu’elle avait dans son génome une maladie transmissible dans sa famille, tel autre travaille à synthétiser du biocarburant.

Mon propos n’est pas, ici, même s’il le fallait, de lancer un cri d’alarme quant à ce bidouillage sauvage, car finalement, le risque de dérive est-il bien nouveau, lorsqu’on ignore tout ce qu’on concocte, à notre insu, dans tous les laboratoires du monde ?

Mon propos n’est pas, non plus, même s’il le fallait aussi, d’être terrifiée par tous les risques de pollution que peuvent engendrer ces recherches anarchiques, même s’il existe bel et bien - les bio hackers le reconnaissent eux-mêmes – des risques de bio terreur et de bio erreur, car, là aussi, peut-on affirmer qu’actuellement les risques sont nuls malgré la grande discrétion et les mesures de protection qui entourent les recherches en cours, partout dans le monde ?

Non… Au-delà, de tous ces risques, au demeurant, je le répète, fort réels, il faut savoir reconnaître quelque chose de très rafraîchissant : c’est l’esprit de liberté et d’indépendance qui anime ce mouvement : aucune main basse du monde de la finance ou de lobby quelconque pour noyauter et orienter les recherches. Aucune contrainte juridique, ni bureaucratique non plus.

Comme le disent les bio hackers, le « pouvoir doit être rendu au peuple ». Les découvertes scientifiques ne sont plus l’apanage de quelques multinationales, ne sont pas confisquées par l’État et ne seront pas brevetées car la notion de partage des recherches et des découvertes semble être vécue comme une évidence par la communauté des bio hackers.

Ce que je vois, au-delà de tous les dangers inhérents à cette étrange conception de la recherche scientifique, c’est un immense besoin qu’a la société civile de se libérer de toutes les contingences enfermantes dans laquelle elle est maintenue, c’est ce besoin de pouvoir libérer l’imagination, la créativité, énergies qui ont un besoin vital de fonctionner pour rester vivantes, c’est un pied de nez magistral au monde de l’argent dévoyé.

Reste un souhait : qu’une déontologie belle et saine anime solidement ces chercheurs de la nouvelle ère !

Béatrice Lanneau

 
   Page précédente