| Éditorial du 21 septembre 2009 | Envoyer |
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La crise : le calme avant la tempête ? Certains observateurs économiques complaisants clament à l’envie : La récession hexagonale s’estompe, la dépression européenne est contenue, la crise mondiale s’éloigne. De fait nombre d’indicateurs économiques en témoignent : Les établissements bancaires reconstituent leurs stocks d’avoirs et de liquidités, les institutions financières exultent : le Dow Jones comme le CAC 40 retrouvent des niveaux compétitifs ; les métiers de la finance recrutent traders, consultants et autres experts boursiers, tout en leur assurant le maintien de leurs substantiels bonus, la consommation globale de biens et de services réanime la circulation monétaire et les échanges internationaux, les laboratoires pharmaceutiques se réjouissent à l’aune de leurs carnets de commandes surchauffés par la pandémie grippale, la prime à la casse dope la vente des véhicules des particuliers et alimente le marché des achats d’automobiles neuves. Ne regardons plus dans le rétroviseur ; allons de l’avant ; le PIB est stimulé, la croissance quantitative est de retour. Cependant se multiplient les syndromes sociétaux ceux-là, qui nous incitent à nuancer fortement cet optimisme de bon aloi. La courbe du chômage se creuse ; nombre d’entreprises déstructurent, délocalisent leurs établissements, supprimant des emplois sans accompagnement de plan social congruent ; le surstress d’un travail déstabilisant engendre une contagion suicidaire parmi le personnel. L’immobilier est en déshérence d’acheteurs par défaut d’épargne des foyers modestes et de possibilité de prêts bancaires. La consommation des ménages stagne pour les produits de base, voire pour les besoins de première nécessité. L’abîme s’accroît entre le « having » et les « having not ». La taxe dite « Carbone » est amputée de moitié pour satisfaire les lobbies pétroliers ; le moteur thermique, attentatoire à la sauvegarde de notre Terre, a confiance en son avenir. Dans le même temps, le véhicule électrique, davantage écolo/économique attendra la décennie 2015-2020 pour générer des bienfaits environnementaux. Recherches, innovations, formations, ne sont pas considérés comme des investissements porteurs d’espérance. Les déficits budgétaires s’amplifient à l’excès, alourdissant le fardeau de la dette publique, qui à court, moyen ou long terme, il conviendra d’honorer. Et l’appréciation monétaire de l’euro par rapport au dollar, monnaie de référence internationale depuis les accords de Bretton Woods en 1944, pénalise les exportations des pays membres de la zone euro. Ainsi se reproduit le même scénario que dans les années trente. La sphère financière s’était alors démesurément et artificiellement gonflée tandis que la sphère réelle (biens matériels et bien-être de la population) s’amenuisait chaque jour davantage. Le « jeudi noir », 24 octobre 1929, tel un ballon de baudruche, la bulle spéculative explosa précipitant le monde dans une crise majeure. Seules la course aux armements, puis la Seconde Guerre mondiale et la reconstruction subséquente permirent de retrouver le chemin d’une croissance quantitative. Or depuis la décennie soixante-dix, le monde s’inscrit dans cette spirale financière féroce et fallacieuse. D’Adam Smith à Jean-Baptiste Say, nos maîtres à penser de l’économie politique moderne élaborèrent, dès le XVIIIe siècle, la doctrine du libéralisme. Celui-ci repose sur un principe économique fondateur : le marché, mais aussi sur une philosophie morale : chaque homme aspire au plus grand bonheur possible du plus grand nombre d’hommes possible. Le libéralisme ne se confond pas avec la loi de la jungle ; il appartient à l’État régalien d’en fixer les bornes intangibles. Dès lors, dans la prégnante mondialisation actuelle, les institutions étatiques internationales ont le devoir de concentrer leurs décisions sur une régulation éthique, une moralisation déontologique du capitalisme financier. À défaut, la crise est - pour longtemps - encore devant nous. Jeanne GILLOT-VOISIN |
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