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Les options envisagées  Envoyer

12 septembre 2009

Sous la signature de Françoise Castany.

Au cours de notre université d'été qui s'est tenue le 5 septembre, nous avons cherché ce que nous avions apporté de neuf en nous présentant aux élections européennes. Il s'agissait d'y trouver les fondements de nos actions futures.

De toute évidence, le paysage de l'écologie politique s'est bouleversé et il ne s'agit pas de se figer sur des stratégies désormais dépassées. Corinne Lepage au Modem, et Cécile Duflot chez les verts apportent toutes deux un éclairage digne du plus grand intérêt.

Entre un programme utopique qu'il est réaliste de chercher à mettre en oeuvre et une orientation strictement électoraliste, entre think tank et parti politique, le champ des possibles est largement ouvert.

Nous sommes décidés à nous en occuper activement.

Nous voyons donc deux axes importants

1 - le Bonheur Intérieur Brut, bien sûr. C'est la première étape incontournable : comment passer du coup médiatique joliment réussi du rapport Stiglitz à sa mise en oeuvre. En 2002, déjà, le rapport de Patrick Viveret , "reconsidérer la richesse", avait lui aussi tracé des pistes passionnantes, qui n'ont été suivi d'aucuns effet.

2 - Le vrai sujet politique de fond c'est le désintérêt sinon le mépris des citoyens vis-à-vis des politiciens: il est urgent de travailler aux outils qui pourraient redonner plus de vie à notre démocratie.

Cliquer ici pour les éditorials archivés : celui du 12 juin 2009 : Bravo à tous les écologistes
 
Éditorial du 2 novembre 2009  Envoyer

Projet de budget 2010 : Quoiqu’il nous en coutât…

Les mots cheminent au rythme de l’histoire des nations. Dans la France médiévale, la comptabilité était effectuée grâce à un astucieux procédé nommé « bougette » ou « sac du trésorier ». Ce dernier renfermait des boules blanches pour les recettes et noires pour les dépenses que le comptable « bougeait » au regard des rentrées ou sorties d’argent ; le système fonctionnait comme un boulier où boules blanches et boules noires coulissaient sur des tiges.

Après l’invasion de l’Angleterre par le duc de Normandie, Guillaume dit Le Conquérant, en 1066, ce dispositif subsista, mais s’anglicisa. La bougette se transposa en budget, le boulier mua en échiquier ; au demeurant, le ministre des Finances du Royaume-Uni porte encore à ce jour le titre de Chancelier de l’Échiquier.

Et le terme anglais retraversant le Channel s’imposa définitivement en France. Perfide Albion !

Depuis le 1er août 2001,la Loi Organique Relative aux Lois de Finances (LOLF) fixe le calendrier budgétaire de notre pays. Le projet gouvernemental ou Loi de Finances Initiale (LFI) présenté au Conseil des ministres le mercredi 30 septembre 2009 a été déposé à l’Assemblée nationale le mardi 20 octobre ; la première lecture des députés ne peut excéder le délai de quarante jours ; puis le Sénat dispose de vingt jours pour en discuter ; passé ce temps, le vote du Parlement – au pouvoir d’amendement réel, mais limité – intervient avant le 31 décembre de l’année. Au cours de l’année 2010 peuvent être adoptées une ou plusieurs lois de finances rectificatives.

Rappelons également que le budget de l’État est inséré dans ceux des Collectivités territoriales et de l’Union européenne.

Enfin la loi de règlement constatant les résultats financiers survient avant le 1er juin de l’année t+1.

A posteriori, la « vieille dame de 202 ans de la rue Cambon », la Cour des comptes, établit son rapport qui, régulièrement stigmatise les dérives les plus criantes.

Dans l’analyse macroéconomique classique, recettes et dépenses de l’État doivent être en équilibre. Dans ce cadre le budget est un instrument de la politique économique.

Cependant, à l’orée de la crise survenue en 2008, la France accusait un déficit budgétaire de 3,4% du PIB. Un déficit ne signe pas inéluctablement la mauvaise santé d’un pays pour autant qu’il contribue, à terme, à l’accroissement de l’économie réelle.

Là réside la problématique dans la mesure où les priorités affichées traduisent une volonté politique d’assumer ou non différentes missions.

En cette fin d’année 2009, alors que le Parlement examine le projet gouvernemental de finances publiques, il convient d’en analyser les deux aspects :

• Le budget comme instrument d’une politique.

• Le budget comme révélateur d’une orientation politique.

Tout comme la scie est l’outil du bûcheron, le budget de l’État est le moyen de la politique économique.

Ainsi familièrement nommé « l’État dépensier » exerce tout d’abord en débours ses missions régaliennes.

En premier lieu, il s’agit des dépenses d’investissement. Investissements civils en tant qu’agent de subventions, par transferts financiers, aux Collectivités territoriales décentralisées. La réforme de la taxe professionnelle sur les investissements productifs des entreprises, taxe qui certes pénalisait les industries territoriales, lésera les intérêts des collectivités locales. La baisse de cette taxe, estimée à 12 milliards d’euros pour cette année s’inscrit tant en moindres dépenses pour les uns qu’en moindres recettes pour les autres. La taxe sera supprimée en 2010. Investissements militaires ensuite, marqués par leur permanence qu’il s‘agisse de l’avion « Rafale », du char « Leclerc », de l’hélicoptère « Tigre », ou des sous-marins nucléaires de nouvelle génération. En longue période d’« État-providence », on observe également la montée en puissance des interventions économiques et sociales. Au cœur de la récession économique qui plombe la planète depuis 2008, l’État a consenti au système entrepreneurial des aides d’un montant estimé à 26 milliards d’euros. Dans le cadre de ce plan de relance une nouvelle étape de soutien débloquera 2 milliards d’euros en faveur des PME pour 2010.

L’endettement de l’État devrait permettre de sauver l’économie.

En second lieu, il s’agit des dépenses de fonctionnement, c’est-à-dire des moyens alloués aux grands services de l’État dans les trois fonctions publiques : d’État, des Collectivités territoriales, de l’Administration Hospitalière. Dans l’actuel projet, l’État concourt pour 80,8 milliards d’euros au fonctionnement : de l’Enseignement scolaire (24,8 milliards), de la Recherche et l’Enseignement supérieur (37,1 milliards), de la Sécurité publique (16,4 milliards), de la Défense.

La République se veut ainsi toujours fidèle au modèle de service public.

À ces deux lignes d’investissement et de fonctionnement s’ajoutent les charges de la dette publique qui comprennent le remboursement du capital de la dette et le coût des intérêts afférents. Pour 2010, les engagements financiers sur ces deux chapitres sont évalués à 44,2 milliards d’euros.

N’oublions pas la contribution française à due proportion au budget de l’Union européenne. Avec un taux de 20 %, la France est le second contributeur, derrière l’Allemagne (23 %) et devant le Royaume-Uni (14 %). La contrepartie s’exprime en aides de l’Union, notamment à l’agriculture, par le Fond européen d’Orientation et de Garantie Agricole (FEOGA). Relations complexes, voire ambivalentes. L’agriculture française manifeste fréquemment sa grogne ; mais par ailleurs, la France devra rembourser 48,1 milliards d’euros pour 2007 et 22,9 milliards d’euros pour 2006 à l’Union pour dépenses irrégulières effectuées dans le cadre de la Politique Agricole Commune (PAC).

In fine, si le gouvernement condamne la rigueur budgétaire, il revendique la maîtrise des dépenses publiques. Ce qui en soi procède d’une bonne administration. Cependant ces dépenses sont aussi une garantie de la cohésion nationale. Or la crise génère de moindres recettes publiques.

D’une façon générale, les ressources budgétaires ressortissent des prélèvements sur les richesses créées. En raison d’un système de recouvrement complexe et de transferts financiers entre État, Sécurité sociale, Collectivités locales et Union européenne, ces prélèvements sont l’objet permanent de mécontentement des contribuables.

Les recettes fiscales constituent les impôts directs. Sans prétendre à l’exhaustivité ; nous en citerons quelques exemples.

L’Impôt sur le Revenu des Personnes Physiques (IRPP) représente 17 % des ressources brutes du budget général. Son rendement demeure flexible ; il est sensible aux augmentations ou aux diminutions de revenus (traitement, salaires, pensions), aux exonérations pour les ménages à bas revenus, aux abattements divers (pour travaux d’économie d’énergie par exemple), au quotient familial, et à la progressivité de son taux. Un foyer fiscal sur deux est imposable et le pourcentage tend à la baisse.

L’Impôt de Solidarité sur la Fortune (ISF) qui a connu une tendance haussière les premières années marque, à ce jour, un net ralentissement. L’économiste Laffer insistait sur l’acceptabilité sociale de l’impôt qu’il résumait dans son axiome « trop d’impôts tue l’impôt ». Dès lors : exil des patrimoines ? Recours aux niches fiscales ? Fuites dans les paradis offshore ?

Ainsi, on observe de moindres recettes fiscales directes et, corrélativement, de moindres transferts sociaux.

Les recettes non fiscales et parafiscales sont des impôts indirects. Basés sur la consommation de produits et services très hétérogènes, ils sont des ferments de contentieux et cependant rentables avec environ 15% des ressources totales. Nous n’en dresserons qu’une liste incomplète.

La Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) est née en 1917 et, sous le nom de contribution indirecte générale, revue et corrigée en 1968. Cet impôt est perçu à l’occasion d’achats et de ventes sur la consommation et les services. Il comporte plusieurs spécificités : il est collecté par les entreprises et, pour partie reversé au Fisc, il détient le record absolu du rendement avec 46 % des recettes brutes du budget général ; ses taux sont variables oscillant de 5,5 % à 19,6 % en fonction de la typologie des produits et services ; pour un même produit ou service, les dirigeants européens n’ont pas, à ce jour, trouvé un système cohérent d’harmonisation dans les différents États membres.

Atypique, cet impôt est inéquitable : uniforme sur la consommation courante dans un pays donné, il est régressif par rapport au revenu et s’inscrit comme une « perte sèche de bien-être » pour les ménages modestes. La baisse récente sur le taux des prestations en restaurations, de 19,6 % à 5,5 % n’a pas été globalement compensée, ni en termes de diminution des prix pour le consommateur final, ni en amélioration des conditions d’emplois (salaires, embauches) pour les employés. Quel est le bilan coût avantages d’une telle mesure ?

Les droits d’accises (du latin juridique médiéval signifiant « impôt féodal ») frappent certains produits de consommation. Nous n’en citerons que deux.

La Taxe Intérieure sur les Produits Pétroliers (TIPP) n’est pas indolore pour l’usager captif, mais bénéficie d’un rendement notable pour l’État. Cette taxe représente environ 30 milliards d’euros de ressources mais elle est soumise aux arythmies des cours du pétrole (essence, gazole, fioul). Les achats de cette matière première fossile sont acquittés en dollar, monnaie de référence actuellement dévaluée par rapport à l’euro. Sur l’heure, le coût de nos importations en est minoré.

Les droits de consommation sur les tabacs, faciles à taxer, aisés à contrôler (sous réserve de fraude transfrontalière) sont peu sensibles aux victimes d’addiction tabagique.

En outre, sous la rubrique « Classés dans les impositions de toute nature » se masque un labyrinthe, digne du Minotaure, de redevances à objectifs diversifiés. Celles-ci sont reversées selon les secteurs (social, formation, agriculture, industrie, artisanat…) aux organismes ad hoc.

Pour nous en tenir à la sphère sociale nous en soulignerons : la Contribution Sociale Généralisée (CSG), la contribution pour le Remboursement de la Dette Sociale (RDS) toutes deux visibles sur la feuille de paie, l’Allocation Personnalisée Autonomie (APA, personnes âgées et handicapées), ainsi que la mise en place de Revenu de Solidarité Active (RSA, personnes pauvres).

Ces recettes indirectes sont estimées à 250 milliards pour 2010 contre 280 en 2005.

La centralisation des finances dans une France décentralisée signe l’échec des tentatives de refonte du système fiscal, attente à l’autonomie des collectivités locales : ce faisant, elle déroge au principe même de proximité territoriale tant en ressources qu’en dépenses.

Résumons : des dépenses et des recettes amoindries poussent à des politiques budgétaires restrictives défavorables à la reprise de la croissance.

Le déficit budgétaire se creuse à 140 milliards d’euros soit la moitié des dépenses du budget général, et 8,5 % du PIB, très supérieur à la barre des 3 % imposés par le pacte de stabilité européen.

La Sécurité Sociale accuse un « trou » de 31 milliards d’euros.

Talon d’Achille des finances de l’État, la dette publique est abyssale ; de 66,4 % du PIB en 2005, elle est prévue à 84 % pour 2010 soit très supérieure au plafond de 60 % du pacte de stabilité. Fin juin 2009 elle est estimée à 1428 milliards d’euros.

Déficit et dette sont financés « à crédit » par le Trésor qui se procure des ressources sous forme d'émissions de bons du Trésor à court ou moyen terme, ou d’Obligations Assimilables du Trésor (OAT).

Et l’on parle d’un emprunt public, dette contractée par l’État sur le marché des capitaux. Début septembre 2009, diligentée par le président de la République, une commission de réflexion sur « un grand emprunt » est au travail. Combien ? 100 milliards estiment tels experts, 20 milliards suffiraient pour tels autres experts, tous également éminents.

L’instrument budgétaire s’avère un moyen de la politique économique, mais c’est une perception subliminale du message.

Allons donc plus au fond pour décrypter explicitement ce message.

Car le budget est avant tout la traduction d’une orientation politique, le révélateur d’une volonté dominante. Donnons en quelques exemples significatifs à l’aune du secteur social et sociétal.

La taxe dite anti-carbone, instaurée à date du 1er janvier 2010, est considérée par 60 % des personnes interrogées comme susceptibles de modifier leur comportement en matière d’économie d’énergie. Fort bien. Cependant, entre un taux de 32 % prôné par certains et 14 % avancé par d’autres, le pouvoir exécutif a tranché : 17 euros la tonne de CO2. Selon l’Agence De l’Environnement et de l’Énergie (ADEME) pour obtenir une réduction d’émissions toxiques de 14 % d’ici à 2020 – engagement pris par la France en janvier 2008 – il convient que cette taxe soit relevée de 5% pour atteindre l’objectif. La lutte contre le changement climatique devra-t-elle être renvoyée aux calendes grecques ?

Observons à présent l’évolution des effectifs par ministère. La maîtrise de la dépense de l’État conduit à l’évaporation drastique des emplois publics : un fonctionnaire sur deux partant à la retraite ne sera pas remplacé. Certains ministères sont particulièrement touchés : Éducation nationale (perte en 2009 de 13 500 personnels, accentuées en 2010 de 16 000 personnels), Outre-Mer et collectivités territoriales (suppression de 2953 emplois en 2009, et pour 2010 un surnombre de 3450), Écologie et développement durable (amputé de 1294 postes en 2010). Au total ce sont 40 000 emplois supprimés dans les trois fonctions publiques.

Que sous-tendent ces choix si ce n’est que l’intérêt général est contre-productif à court, moyen et long terme ? À l’inverse, chômage partiel, travail précaire, difficulté d’insertion socioprofessionnelle des jeunes seraient-ils productifs ?

Oserions-nous ajouter qu’au moment même où stagne la masse salariale, nos concitoyens, notamment les plus modestes, les plus fragiles sont confondus devant la croissance de leur dépense de santé. Déremboursement des médicaments « de confort » (sic), taxation des accidents du travail, passage du forfait hospitalier de 16 à 18 euros. A-t-on également mesuré l’impact de la suppression de la taxe professionnelle pour les Collectivités locales finançant les aides aux personnes âgées, handicapées. Le gouvernement tiendra-t-il compte du « cahier de doléances » des élus de proximité ?

Le vocable crise découle du grec krisis signifiant « instant de décision ».

La première fonction de l’État républicain est d’assurer l’égalité, la solidarité, la sécurité individuelle et collective.

La récession mondiale fait ressortir la fragilité de l’économie ; cependant l’État n’en est pas le gestionnaire ; le filet de sécurité qu’est la mansuétude de l’État à l’égard du système capitalistique est une pernicieuse dérive.

C’est pourquoi le retour du Politique - au sens de bien-être de la communauté des citoyens - s’avère d’une impérieuse nécessité. Là réside l’instant de décision.

À défaut nos dirigeants s’exposeraient aux équivoques des « despotes éclairés » du XVIIIe siècle, dont le parangon fut l’impératrice Catherine II de Russie ; admiratrice des Montesquieu, Diderot, Voltaire n’osait-elle pas cependant affirmer péremptoirement en 1775 : « TOUT POUR le peuple, RIEN PAR le peuple ».

Au XXIe siècle, de mêmes ambivalences perdurent dans l’esprit et la lettre de nos gouvernants.

Qu’en est-il de la démocratie fiscale ?

Jeanne GILLOT-VOISIN

 
Éditorial du 19 octobre 2009  Envoyer

Accélération temporelle

Nous ne cessons de nous répéter que le « temps s’accélère », alors que nous avons du mal à trouver un moment dans nos emplois du temps chargés. Les semaines défilent, les années se suivent à une vitesse vertigineuse…

Je ne suis pas physicienne ou mathématicienne et serais bien incapable de disserter sur les mouvements de rétraction/dilatation de l’espace-temps !

Une chose apparaît en tout cas : nos « biographies » ne paraissent pas ressembler à celles des siècles passés.

Combien de vies vivons-nous en une seule ? Il n’est plus rare d’avoir plusieurs compagnes/compagnons au cours de notre vie amoureuse, de déménager et changer d’emploi plusieurs fois, d’être confronté à d’autres modes de vie, de pensée…

Là où souvent, jadis, les vies étaient, globalement et très schématiquement, organisées chronologiquement : petite enfance, adolescence, mariage, enfants, femmes au foyer et époux reprenant l’entreprise paternelle, nos enfants expérimentent désormais les drames des séparations parentales qui les font mûrir prématurément, des adultes vivent leur adolescence sur le tard, des retraités vivent une « nouvelle vie ».

Ajoutons à cela, une avalanche permanente de stimuli et d’informations et nous baignons dans un environnement qui nous interpelle sans cesse, comme pour nous faire « mûrir » plus vite, nous façonner, parfois nous laminer, mais, parfois aussi, nous transcender.

Y aurait-il urgence ? Et si oui, à quoi ?

Oui, il y a urgence.

Urgence à prendre conscience que la Terre est « petite » et que nous sommes tous reliés les uns aux autres.

Urgence à changer nos comportements, dépasser des querelles de chapelle. Urgence à être à la fois installés dans une saine individualité tout en se mettant au service de la communauté.

Et savez-vous où je remarque cela fréquemment et de plus en plus souvent ?

Dans le regard incroyable des tout-petits enfants !

Ils ne marchent parfois pas encore, mais sont déjà capables de vous fixer d’un regard qui ne sourcille pas et qui vous dit par exemple :

« Mes parents savent-ils que j’ai déjà repéré leurs enfantillages ? J’espère que je vais les aider à changer »

ou bien : « Je sais déjà tellement de choses. Je n’ai pas encore la parole, mais j’ai déjà tout compris des relations d’adultes ! »

Les enfants étoiles, « les enfants indigo » sont les petits messagers d’un temps qui s’accélère pour faire grandir notre humanité.

Ils sont porteurs d’une énergie forte en ce sens qu’ils ne s’en « laissent pas compter », et correspondent de moins en moins à l’idée classique du « bébé ».

Ils regardent, ils entendent et leurs regards fixent, répondent, désapprouvent, questionnent.

En grandissant, ils adorent tout particulièrement mettre les parents en face de leurs responsabilités : savoir dire oui ou non, se respecter et respecter l’Autre, être fidèle à ce que l’on prêche.

Ils renvoient les adultes à leur cohérence, leur authenticité.

Et gare aux parents qui les traitent avec condescendance ou en les infantilisant : ils sauront leur faire comprendre qu’ils ont droit au respect, à l’explication, à la vérité !

En cela, ces petits messagers participent à l’accélération d’une maturation et de l’évolution des adultes.

Nos enfants risquent de bousculer bien des choses et c’est tant mieux.

Mais, au fait, lorsque nous interceptons ces messages, ne sommes-nous pas déjà, nous-mêmes, porteurs du changement ?

Béatrice LANNEAU
 
Éditorial du 2 octobre 2009  Envoyer

G20 de Pittsburgh : un sommet en trompe-l’œil ?

Informel depuis 1999 et institutionnalisé à ce jour, le forum économique groupant les 20 pays représentant 85% du P.I.B. mondial s’est tenu en Pennsylvanie les 24 et 25 septembre 2009. Son principal objectif était de développer une croissance durable en surmontant les risques financiers et commerciaux qui ont précipité la planète dans le maelstrom de la crise.

Adossé à l’organisme international de coopération monétaire et financier crée en 1945, le Fond Monétaire International (FMI), le G20, dans son communiqué final, a prôné la correction des déséquilibres flagrants dans la sphère financière et monétaire.

La question de fond est cependant d’une tout autre nature : s’agit-il d’une simple crise DANS la haute finance internationale ou d’une crise, plus ample, DE l’économie réelle ?

États et experts réunis à Pittsburg estiment, quant à eux, que la crise se situe essentiellement DANS le système monétaro-financier.

En conséquence, la bourrasque sera surmontée par une régulation prudentielle à plusieurs niveaux de négociations : politique, technique, institutionnel.

D’une part, il convient, par des mesures d’ordre politique de contrôler les acteurs rémanents des déséquilibres financiers spéculatifs, savoir : les fonds opaques des paradis fiscaux et les primes des tradeurs.

Les hedges funds, trou noir de la finance mondiale, sont basés en majorité dans des centres offshore. Ces fonds spéculatifs représenteraient 22 milliards de dollars d’actifs lovés dans d’exotiques paradis fiscaux. Ces pans entiers de la finance échappent à toute autorité de contrôle. Le G20 s’engage à mettre en place un processus progressif de sanctions contre ces places financières, par essence opaques. Retrouvantsa virginité bancaire la Suisse vient de sortir de la liste grise des paradis fiscaux. Mais combien d’autres pays demeurent-ils hors la loi ?

En quelque sorte il s’agit de réanimer le capitalisme de la production en désintoxiquant la rente frauduleuse.

Second volet politique : le G20 préconise la mise en place de nouvelles règles d’encadrement des bonus des traders. Malgré les dissensions entre le pragmatisme prudent du président des États-Unis à l’égard des banques – culture du profit bien ancrée outre-Atlantique – et la suspicion balzacienne du président Sarkozy, tant pourfendeur du système bancaire que flagorneur de son opinion publique, un consensus mou semble se dégager. Il s’agit d’étaler, sur une période triennale, le paiement des primes des traders au regard à la fois des performances de chaque opérateur, et de celles des banques. L’intérêt bien compris de l’ensemble des partenaires : tel est le compromis.

Le second niveau de négociations – technique celui-là – concerne la poursuite des mesures de relance monétaire et budgétaire pour doper la reprise économique. Cette stratégie de sortie de crise passe par l’édiction de nouvelles normes comptables dans le capitalisme bancaire. Recapitalisation, régénération des fonds propres des banques, refinancement auprès des banques centrales, nationales, européennes ou internationales devraient permettre de favoriser le retour plus aisé au crédit pour les particuliers comme pour les entreprises. Le vrai problème demeure cependant celui des règles de contrôle du capital des banques.

Quant à la partie institutionnelle, se rapportant à la réforme du FMI, l’accord s’esquisse sur deux points dont l’exécution sera contrôlée au sommet de 2010 (au Canada).

Chine, Corée, Turquie notamment devraient jouer un rôle plus important en entrant au Conseil des gouverneurs et au Conseil d’administration, des plus forts souscripteurs étatiques du FMI. Au détriment des Européens, sur représentés … et peu désireux d’avaliser cette mesure.

Les pays émergents devraient en conséquence voir faciliter leur accès au droit de vote et droit de tirage de fonds. On estime que 5% des quotes-parts d’attribution de prêts seraient déplacés en faveur de ces pays. La répartition actuelle est e effet inéquitable ; le Brésil par exemple détient 1,4 % des voix contre 2,1 % pour la Belgique. Nous sommes encore bien loin de la parité nord-sud.

Ainsi, le G20 dessine les contours d’une nouvelle gouvernance mondiale : réformes prudentes, réajustements sous influence, régulations mesurées, contrôles limités DANS la sphère financière.

Ce sommet n’a pas été un « G vain », ne serait-ce que par a montée en puissance des pays émergents.

Mais est-ce bien là la réponse à uen autre question, à peine effleurée, voire escamotée par les dirigeants de notre Terre ?

N’a t’on pas cherché à dissimuler les difficultés qui s’annoncent bien plutôt que de les affronter ?

Car il ne s’agit nullement d’une simple crise DANS le fonctionnement du capitalisme financier. Loin d’être un épiphénomène, cette crise en signe une autre : la crise DE l’économie réelle qui, elle, enlace le cœur social.

La macro-économie contemporaine, mathématisée par le monétariste Milton Friedman (prix noble d’économie en 1976) s’est toujours désintéressée des conséquences sociales de la perverse logique du profit. À l’esprit de la politique économique n’a pas répondu corrélativement la pratique politique sociale.

Sous l’égide des puissants de ce monde, l’avant-mur frileux de protection granitique déjà se délite en grains de sable, trublions, mais vertueux.

Messieurs les grands, « gens de bien », avez-vous occulté de vos mémoires l’apostrophe de l’historien grec Thucydide repérant dans l’actualité du moment une leçon pour l’avenir : « ce ne sont pas les remparts qui protègent nos cités, mais les hommes qui sont derrières ».

Quels hommes ? Les petits, « gens de rien » dont le seul tort est toujours d’avoir raison trop tôt. La révolte des consciences émerge, se lève, se dresse telle la figure du Commandeur mozartien.

Quelques exemples significatifs étayent ce propos.

Dès le jeudi 24 septembre, 3000 militants écologistes, altermondialistes étaient regroupés près du centre de Pittsburgh. Ils furent accueillis par les forces de l’ordre, mobilisés et harnachés pour sécuriser le sommet. S’en prenant aux symboles de la finance, la « résistance passive » dénonçait l’argent-ro, la consommation-reine. La police riposte fermement : hélicoptères de repérage, véhicules anti-émeutes, jets de gaz lacrymogènes, coups et bastonnades ; les interpellations s’ensuivent.

Pittsburgh : forteresse assiégée ?

Les vrais indicateurs de la crise ne sont pas d’abord d’ordre économique, mais social. Le marché du travail en est le paradigme. En septembre 2009 la France enregistre 18100 chômeurs supplémentaires, notamment dans les catégories jeunes de moins de 25 ans et adultes de plus de 50 ans. A ce chiffre il faut ajouter les travailleurs précaires (20 % de la main-d’œuvre dans les pays développés) et les adultes valides exclus du travail et tombés dans la pauvreté.

Les actifs, ouvriers, employés, cadres sont attachés à leur travail et cependant ils ne cessent d’égrener leur souffrance au travail, à sa qualité, à son sens.

Le rapport Stiglitz, remis dernièrement au président Sarkozy, prône l’intégration de l’individu dans l’évaluation de la productivité économique du pays. Mais pour la majorité des entreprises seule compte la rentabilité financière à court terme ; à aucun moment ces managers n’incorporent dans la performance de l’entreprise le bien-être au travail, la qualité du métier, la diversité des parcours professionnels. Quelles sont les conséquences humaines de cette stratégie entrepreneuriale ?

Au sein de ce système financier en déliquescence, d’autres éléments demeurent porteurs de crise.

L’opacité des produits financiers dérivés provoque le renchérissement exorbitant des cours des produits alimentaires de base. Les pays du Sud – et notamment l’Afrique – ne peuvent plus acheter maïs, soja, blé, socle de leur quotidien. De là la sous-nutrition, la misère, les émeutes de la faim. Or, tout au long de l’histoire de l’humanité, le pain a toujours été le levain de la lutte.

Pour le G20, est-ce une question subsidiaire ?

Face à ces dysfonctionnements dédaignés à Pittsburgh le front du refus à la financiarisation mondiale se hisse ; il plaide pour une modification en profondeur de la base même de la pensée dominante.

Poirsuivant la réflexion humaniste globale du philosophe autrichien Rudolf Steiner, décédé en 1925, des établissements financierséthiques prennent leur essor depuis une trentaine d’années, essaiment dans toute l’Europe. Aux Pays-Bas, en Allemagne, en Italie, en France. Dans notre pays, cette banque éthique est bien identifiée : c’est la Nouvelle Économie Fraternelle (NEF) née en 1988. Pour cette banque solidaire, seul le projet financé respectant les valeurs morales, la transparence du bilan financier, le bien commun prévalent sur toute autre considération.

De même, l’émergence, depuis 1977 au Bangladesh, du micro-crédit pour les villageois les plus pauvres, et donc exclus des prêts bancaires traditionnels.

Petits crédits, petits investissements mais cercle vertueux en marche.

Enfin, la vente de produits équitables cultivés dans les pays pauvres procède du même état d’esprit. Le distributeur Alter Eco place laquestion sociale avant la rentabilité économique. La nouvelle catégorie de consommateurs, les « Créatifs Culturels » représentent aujourd’hui 17% de la population française ; ils initient une démarche de rupture par rapport à une société de « toujours plus » : d’argent, de pouvoir, de paraître. Ces nouvelles attitudes comportementales se distillent dans le corps social et, apr capillarité, génère la montée de la sève coopérative.

Utopies à la Thomas More, philanthropie d’un autre âge bavent les grands de la haute finance.

Que nénie ! bien-être de nous tous, les terriens, germes de pais semés au cœur d’une guerre planétaire.

Jeanne GILLOT-VOISIN
 
Éditorial du 21 septembre 2009  Envoyer

La crise : le calme avant la tempête ?

Certains observateurs économiques complaisants clament à l’envie :

La récession hexagonale s’estompe,

la dépression européenne est contenue,

la crise mondiale s’éloigne.

De fait nombre d’indicateurs économiques en témoignent :

Les établissements bancaires reconstituent leurs stocks d’avoirs et de liquidités,

les institutions financières exultent : le Dow Jones comme le CAC 40 retrouvent des niveaux compétitifs ; les métiers de la finance recrutent traders, consultants et autres experts boursiers, tout en leur assurant le maintien de leurs substantiels bonus,

la consommation globale de biens et de services réanime la circulation monétaire et les échanges internationaux,

les laboratoires pharmaceutiques se réjouissent à l’aune de leurs carnets de commandes surchauffés par la pandémie grippale, la prime à la casse dope la vente des véhicules des particuliers et alimente le marché des achats d’automobiles neuves.

Ne regardons plus dans le rétroviseur ; allons de l’avant ; le PIB est stimulé, la croissance quantitative est de retour.

Cependant se multiplient les syndromes sociétaux ceux-là, qui nous incitent à nuancer fortement cet optimisme de bon aloi.

La courbe du chômage se creuse ; nombre d’entreprises déstructurent, délocalisent leurs établissements, supprimant des emplois sans accompagnement de plan social congruent ; le surstress d’un travail déstabilisant engendre une contagion suicidaire parmi le personnel.

L’immobilier est en déshérence d’acheteurs par défaut d’épargne des foyers modestes et de possibilité de prêts bancaires.

La consommation des ménages stagne pour les produits de base, voire pour les besoins de première nécessité. L’abîme s’accroît entre le « having » et les « having not ».

La taxe dite « Carbone » est amputée de moitié pour satisfaire les lobbies pétroliers ; le moteur thermique, attentatoire à la sauvegarde de notre Terre, a confiance en son avenir.

Dans le même temps, le véhicule électrique, davantage écolo/économique attendra la décennie 2015-2020 pour générer des bienfaits environnementaux. Recherches, innovations, formations, ne sont pas considérés comme des investissements porteurs d’espérance.

Les déficits budgétaires s’amplifient à l’excès, alourdissant le fardeau de la dette publique, qui à court, moyen ou long terme, il conviendra d’honorer.

Et l’appréciation monétaire de l’euro par rapport au dollar, monnaie de référence internationale depuis les accords de Bretton Woods en 1944, pénalise les exportations des pays membres de la zone euro.

Ainsi se reproduit le même scénario que dans les années trente. La sphère financière s’était alors démesurément et artificiellement gonflée tandis que la sphère réelle (biens matériels et bien-être de la population) s’amenuisait chaque jour davantage. Le « jeudi noir », 24 octobre 1929, tel un ballon de baudruche, la bulle spéculative explosa précipitant le monde dans une crise majeure.

Seules la course aux armements, puis la Seconde Guerre mondiale et la reconstruction subséquente permirent de retrouver le chemin d’une croissance quantitative.

Or depuis la décennie soixante-dix, le monde s’inscrit dans cette spirale financière féroce et fallacieuse.

D’Adam Smith à Jean-Baptiste Say, nos maîtres à penser de l’économie politique moderne élaborèrent, dès le XVIIIe siècle, la doctrine du libéralisme. Celui-ci repose sur un principe économique fondateur : le marché, mais aussi sur une philosophie morale : chaque homme aspire au plus grand bonheur possible du plus grand nombre d’hommes possible.

Le libéralisme ne se confond pas avec la loi de la jungle ; il appartient à l’État régalien d’en fixer les bornes intangibles.

Dès lors, dans la prégnante mondialisation actuelle, les institutions étatiques internationales ont le devoir de concentrer leurs décisions sur une régulation éthique, une moralisation déontologique du capitalisme financier.

À défaut, la crise est - pour longtemps - encore devant nous.

Jeanne GILLOT-VOISIN

 
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